Au royaume du Danemark Aaron est roi

Au Royaume du Danemark, des enfants blonds sont abandonnés dans des landaus, devant des cafés, pendant que leurs parents y boivent un verre. Personne ne semble inquiet. Après tout, qui voudrait de l’enfant d’un autre. Et puis ces poussettes hors de prix sont toutes munies de Babyphone et de GPS. Alors…. rien à craindre.  De toute façon, la confiance semble régner, ici, autant que la reine et son mari français. Pas de policier en vue, pas de sirène agressive, pas de fouille de sac aux entrées des musées, personne n’attache son vélo et on laisse son sac traîner loin de soi alors qu’on vaque à d’autres occupations. Plus tard, ces mêmes enfants blonds s’ébattront sur les manèges du parc Tivoli ou à Legoland. 

Ah Legoland ! Quel parc d’attraction !
On y construit des mondes miniatures et des animaux à tailles réelles. On se retrouve dans une navette Star War et on mange des frites en forme de bric Lego. C’est fun, c’est éducatif, c’est imaginatif. Les enfants blonds du Danemark et les autres y sont tellement heureux. Vous devriez y aller gagner des points de karma pour bonheur donné à un moins de 12 ans.

Au Royaume du Danemark, Il y a une route qui va d’Est en Ouest. Cette route relie Copenhague à Billund où se trouve LegoLand.  Cette route fait environ 300 Km et on peut y rouler à 110 km/h. Comme elle est l’unique route sur ce trajet, elle est assez empruntée. Sur cette route, au milieu des autres voitures, une Porsche Carrera crème et décapotable apparaît. Tel un mirage, elle roule juste devant la Skoda blanche de location que je conduis. Cette dernière se met à aimer la courbe de la carrosserie, la souplesse de la conduite, la douceur de la couleur. Alors, elle la suit. Elle la suit de près sans la quitter des yeux, jamais, juste à la même vitesse. La Skoda s’adapte à l’allure, sillonnant sur cette autoroute à deux voies, tenant d’attirer l’attention par maints subterfuges de la belle inconnue. Mais voilà que surgit par une queue de poisson, une espagnole nommée Seat Leon qui s’intercale impoliment entre l’Allemagne et la république Tchèque. Impossible pour Skoda de s’approcher de nouveau de son bel amour. Malgré quelques appels de phares désespérés et plusieurs manœuvres interdites, elle ne peut la retrouver. Seat Léon lui barre le chemin. Alors Skoda reprend sa route gardant un œil lointain sur Carrera qui finira par quitter l’autoroute vers la campagne Danoise, l’abandonnant à la monotonie des 110 km/h. 

Au royaume du Danemark, il y a une femme qui attend sur la place Norreport au centre de Copenhague. Elle porte une robe pull rouge, des lunettes de soleil, des baskets Nike et une afro magnifique. Sa bicyclette blanche est posée sur sa béquille devant elle. Elle est là depuis un moment dans le soleil écrasant et chaud d’un vendredi de la fin Août. Elle ne regarde jamais l’heure. Elle est seule et semble imprégnée d’elle-même. Je trouve qu’elle est belle cette femme impassible aux mouvements du monde, sur cette place centrale aux allures de forêts de vélos et de passants pressés. Elle est comme immobile sous sa peau chocolat et sa robe rouge. Je la regarde attendre pendant que moi-même j’attends Aaron. Il tarde un peu mais je ne m’impatiente pas. Je me laisse bercer par l’observation de cette femme. Soudain, elle lève la main. Son RDV est arrivé ! Un jeune homme blond et grand, vêtu d’un short et d’un marcel le tout absolument blanc s’approche et dit seulement : « my bike is parked over there ». Elle remet son sac à dos NorthFace, relève la béquille de son vélo et suit cet homme dans un mouvement de félin à l’affût. 
Qui sont-ils l’un pour l’autre ? Sont-ils amants, amoureux, amis, collègues ?  Aucun signe d’une quelconque intimité. Je ne peux rien deviner. Ils disparaissent derrière un panneau publicitaire me laissant un champ de possible où s’engouffre mon imagination. 
C’est alors que je vois apparaître sur ledit panneau publicitaire, entre une pub pour AirFrance et une pour une bière, une femme en costard sombre, le torse bombé sur des bras croisés façon revanchard, qui annonce en Danois littéralement: « Je suis énervée par votre orgasme ». 
Bon alors bon… La question est donc : pourquoi ? Mais aussi l’orgasme de qui ? Et quid de ce vouvoiement ? Est-ce un vous collectif ? Une marque de politesse ? Un besoin de distance ?  Aaron arrive sur mon d’interrogation et me dit que ça doit être une pièce de théâtre.  Je monte à l’arrière de sa bicyclette toujours surprise et nous roulons vers le parc de la reine et son jardin botanique.

Au Royaume du Danemark, il y a un nouveau citoyen. Il s’appelle Aaron et je l’aime depuis longtemps. Il semble heureux et prêt à démarrer sa nouvelle vie de père de famille. Il aime bien ce pays, tranquille et confiant, loin de la crise économique et à la mer omniprésente. Il s’entend bien avec ses beaux-parents et surtout avec sa belle danoise Charlotte. Il vont avoir un bébé très bientôt qui dormira dans une poussette high-tech au milieu des rues de la capitale et dans la chambre qu’il est en train de repeindre. Aaron c’est du sucre et je suis une sorte de mouche. C’est un bonbon délicieux et souriant. 

Au Royaume du Danemark, il y a un aéroport qui me permet de prendre le vol n°EZY3828 d’où je vous écris. Il m’emporte vers chez moi. Vers la république française, vers ma vie, vers chez moi à Paris. J’y arriverai juste avant minuit et j’y retrouverai le vide de mon appartement. J’appréhende de rentrer chez moi et d’y retrouver ma vie de célibataire solitaire. Je ne m’y ennuie pas. J’ai des amis formidables et il me sont chers, très chers et très précieux. Mais il n’y a personne en particulier. Personne qui suit ma vie de tous les jours. Quelle belle liberté mais au prix d’une certaine solitude.

L’année passée il y avait un homme géant et très beau qui s’occupait de moi. Nous prenions nos petits déjeuners ensemble et il s’inquiétait de savoir si j’avais bien dormi. Nous nous appelions plusieurs fois par jour pour organiser nos journées l’un avec l’autre et il m’accompagnait à mes RDV professionnels et médicaux. Je n’avais jamais connu ça. Il avait fait une très longue route pour m’apporter ce petit bonheur de me sentir en sécurité grâce à la présence d’un homme dans ma vie. Mais il est parti comme il était arrivé, il n’était que de passage. Il m’a laissé sur le bord de sa route reprendre la monotonie d’une vie à petite allure mais pleine de libertés et de joyeux voyages.

C’est maintenant que je devrais faire le laïus sur la vacuité de notre modèle de vie qui prône sans cesse de prendre soin de soi, c’est à dire, de se livrer à des plaisirs de consommation le plus souvent solitaires. Pourtant prendre soin de soi c’est aussi regarder un enfant, construire un bonhomme à LegoLand ou remplir un dossier administratif compliqué pour quelqu’un qui ne peut le faire. À moins que je ne vous parle de toutes la gamme de ses plaisirs solitaires (masturbatoires?), qui nous permettent de fonctionner dans ce monde qui me semble de plus en plus fou. Finalement, moi aussi je suis énervée par ces orgasmes.

Alors je vais me contenter de vous rappeler qu’à chaque fois que je vous écris, je me sens vivante et heureuse et que je vous en remercie !

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