La tragédie de Faridula

L’OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides), une fois le statut acquis, délivre aux réfugiés leurs premiers documents administratifs : nouvel extrait d’acte de naissance de réfugié sous protection international (le réfugié ayant perdu sa nationalité) et un livret de famille si, il ou elle, était marié.e et avait des enfants.

Il avait fallu un peu batailler pour monter jusqu’au premier étage de l’OFPRA. À force de négociations avec le vigile zélé devant l’entrée du bâtiment, j’avais pu accéder au rayon « réfugiés statutaires » (mieux avec guillemets je trouve) et rejoindre mon ami Zabit et ses compagnons Afghans dans la longue file des demandeurs en attente de document administratif.

Il faisait chaud ce jour-là. Les sièges étaient rares. L’attente était longue. Dans la foule, un homme debout au milieu des autres, se tenait comme il pouvait sur des béquilles. Le voyant en difficulté, je me suis mise en quête d’une chaise pour lui. À force de négociations avec un employé pas zélé du tout, j’ai fini par en obtenir une.

Faridula m’a remercié et, immédiatement, m’a demandé de l’aider. Avec sa mâchoire cassée, dans un français sommaire, il m’a expliqué qu’il devait refaire son livret de famille pour faire venir sa femme et sa fille d’Afghanistan, via le Pakistan.

6 mois auparavant, il avait été trouvé prisonnier dans un camp de Talibans lors d’une opération menée par l’OTAN. Il était presque sans vie. Air France s’était chargé de le conduire à l’hôpital Bichat (Paris 10e). L’OFPRA l’y avait interviewé sommairement à sa sortie de coma. Il était réfugié statutaire depuis 4 mois avec un droit au regroupement familiale. L’ambassade de France au Pakistan attendait que sa femme et sa fille se présentent avec les papiers nécessaires.

Mais voilà ! Au sortir du coma quand on lui avait demandé la date de naissance de sa femme, il n’a pas su répondre correctement. Sa femme elle-même ne devait pas connaître sa propre date de naissance. Le livret de famille remis par l’OFPRA n’indiquait qu’une année de naissance. Sur la Taskara (extrait d’acte de naissance afghan) produite pour le regroupement familiale, on y trouvait une autre date et une autre année. Malgré les explications données à l’ambassade de France à Islamabad, le consul refusa de délivrer les visas aux deux femmes.

Depuis 4 mois, Faridula tentait de rectifier le tir pour que l’administration française accepte de changer le livret de famille avec la bonne date cette fois-ci et, qu’ainsi, les documents remis au consul permettent à sa femme et sa fille de venir le retrouver dans un pays en paix. Aussi étrange que ça puisse paraitre, nous avons mis encore deux mois pour que l’OFPRA entende raison et fasse les modifications nécessaires.

Le 12 juillet 2018, Faridula reçu son nouveau livret de famille.
Le 13 juillet 2018, nous l’avons fait parvenir en express à l’ambassade de France au Pakistan.
Le 15 juillet 2018, alors que la France fête sa victoire au mondial de Football, Faridula apprend que sa femme et sa fille sont mortes dans une explosion.
Le 17 juillet 2018, Faridula m’appelle pour me le dire et m’explique dans un français sommaire, que maintenant il doit partir. Je n’ai jamais sur ce que ça voulait dire exactement : partir.
Je n’ai plus jamais eu de nouvelles de lui.

 Une  personne protégée peut demander à faire venir en France :

    son conjoint/concubin/le partenaire avec lequel elle est liée par une union civile, lorsque le mariage ou l'union sont antérieurs à la date à laquelle la personne a déposé la demande à la suite de laquelle elle a obtenu une protection ;
    les enfants du couple âgés au plus de 19 ans au moment du dépôt de la demande de visa ;
    ses enfants mineurs de 18 ans et ceux de son conjoint, dont la filiation n'est établie qu'à son égard ou à celui de son conjoint, ou dont l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux ;
    ses enfants mineurs de 18 ans et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère.

Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré.

Il convient que les membres de famille concernés fassent directement leur demande de visa auprès des autorités consulaires françaises dans le pays dans lequel ils résident.

https://asile-en-france.com/index.php?option=com_content&view=article&id=109:quelle-procedure-pour-la-demande-de-reunification-familiale&catid=66&Itemid=317

La France est un peu plus généreuse que le droit européen en proposant un regroupement familiale sans durée de stage sur le territoire français.

La procédure est très longue et jonchée d'embuches en particulier liées à la validité des actes d'État civil émis dans les pays d'origine. L'administration française étant autant tatillonne avec les actes étrangers qu'avec ceux émis en France.

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