Et si…Washington DC

25 Avril
Comme d’habitude, tout commence dans un aéroport. Le vol Airfrance pour Washington Dulle est retardé de 30min. On s’interroge, on s’énerve, on râle, on s’indigne…. on est encore en France.

Et moi, qui suis arrivée tout essoufflée à la porte L45 du CDG 2E, après avoir couru, bousculé puis remercié de me laisser le passage, me voilà bien installée devant un café et mon ordinateur pour vous écrire cette nouvelle bafouille.

Et si… et si j’étais parti plus tôt ? 
Et si… vol n’avait pas été retardé ?
Et si… je n’avais pas eu le temps de vous écrire avant mon départ ?
Et si… mon dernier voyage s’était passé plus sereinement ?
Et si… je n’avais jamais été marié à Sidath ?
Et si… je n’avais pas une sœur qui vit Washington ?
Et si… il y avait moins de guerre dans le monde ?
Et si… Macron n’est pas le prochain président français ?
Et si… Macron est le nouveau président français ?

Je pars aux States 10 jours, tâter du Trump dans la capitale du monde, avec cette question en tête : et si nous avions fait d’autres choix.

On va voyager mes amis… et c’est tant mieux

26 Avril
Je suis aux USA. C’est palpable ! Il y a des panneaux partout nous indiquant à chaque mètre ce que nous sommes supposés faire. Les rues sont bien plus larges et bordées d’arbres qu’en Europe. Le chauffeur Uber de 27 ans qui nous amène, Nicky et moi, à son bureau de Virginie, est aussi un entrepreneur en immobilier et un conseiller financier. Il y a du WIFI absolument partout. Les supermarchés sont si grands et tellement fournis en sauces de toute sorte. Hier j’ai mangé des tacos dignes de ceux que j’ai trouvés sur la route de la Cénote Dos Oros Azul à Cancun. Et tout le monde, autour de moi, tout le monde, parle un anglais le plus souvent incompréhensible ! Zut !!!!

Et si seulement je pouvais être parfaitement bilingue ! Va falloir que je travaille là-dessus.

Le Jetlag fait partie du voyage. Il aide à palper la distance parcourue. J’aime cet état entre deux temps : celui indiqué sur mon téléphone et celui de mon horloge biologique.

Et s’il n’y avait pas 6h de moins, je ne me serais pas réveillée à 2h30 du matin parfaitement en forme, prête à prendre mon petit-déjeuner, et je n’aurai pas ouvert la porte de ma chambre pour aller aux toilettes, laissant la voie à Mademoiselle Jasmine, chatte noire d’un an, pour s’enfuir vers le salon où dormait sa maîtresse, Jahneen, la fille ainée de Nicky. Affolée, je n’aurais pas essayé de l’attraper avant qu’elle ne tombe nez à nez avec l’énorme, mais sympathique, chienne, Colicity, pour éviter que toutes deux ne réveillent toute la maison. Je n’aurais pas passé 1h30 le yeux mi-fermés à réviser ce que je pourrais vous écrire à mon vrai réveil et je n’aurais pas une espèce de migraine étrange mais pas si désagréable assise au bureau de Nicky. 

Il va falloir que je m’habitue à ce nouvel espace temps : 6h de moins et tant de place. Tout est plus grand, plus large, plus volumineux. Est-ce la raison à cette impression de liberté, de possible, d’énergie? Et si la liberté finalement avait surtout besoin d’espace ? Et s’il fallait plus de distance corporelle pour être « friendly » ? Et si la vue d’une ligne d’horizon chaque jour aidait à l’enthousiasme ? Who knows ! Mais en tous les cas, comme au Canada et comme à chaque fois au USA, tout cet espace me donne un agréable vertige et j’épouse avec plaisir l’étrange énergie que porte la capitale du monde

27 avril
Pendant mes études de journalistes, j’ai appris que la régularité permet la fidélisation : 1 article par jour parution à la même heure. Et si je pouvais le faire ?

Imaginez, tous les jours,  bing à la même heure, bing, bing un email, une bafouille américaine au conditionnel ! 

Et si ça se passait comme ça :
Réveil embrumé, dehors les merles chantent et les écureuils s’animent. Le soleil est déjà en place. Il va faire chaud aujourd’hui, presque 30°. Mon téléphone indique plusieurs messages WhatsApp, des appels en absence de n° inconnus, un FaceTime manqué et quelques emails urgent. En France, la vie est déjà en marche.

Je vais chercher de l’eau au distributeur d’eau chaude, pas besoin de casserole, de micro onde, de bouilloire, l’eau sort bouillante d’une bonbonne d’eau de source. So pratic ! Je me prépare un thé chinois qui pue (je ne voyage jamais sans !) et un œuf à la coquille blanche.

Nicky est debout depuis plus de 2h et, fidèle à elle-même, semble calme mais occupée. Shyer, sa fille cadette, est prête pour l’école. Elle franchit la porte avec une assiette d’œufs brouillés, chaussée de Jordan magnifiques. Jahneen, sa splendide grande sœur, est assise sur le canapé lit du salon et répare ses dreadlocks avec attention. J’aperçois son tatouage en arabe sur le haut de sa cuisse. Elle n’en connait pas la signification exacte. Je voudrais prendre une photo pour traduction mais je n’ose pas lui demander. Elle est de mauvaise humeur ce matin. C, le jeune petit ami de Nicky est toujours endormi dans la chambre. Il est mignon, mais possiblement un peu démuni et déprimé par l’inactivité. Je me sers une assiette de céréales à ne pas confondre avec les biscuits du chien. Les packagings sont presque identiques. Et si je donnais des céréales à la jolie chienne ? Est-ce qu’elle m’en voudrait ?

28 avril
Hier matin après le rituel matinal familial, nous avons pris un Uber pour nous rendre au bureau de Nicky en Virginie. Le chauffeur était le plus bavard de tous les chauffeurs Uber que j’ai connu. Il nous a entretenu d’immobilier et de conseils financiers et surtout de sa vie parfaite avec sa femme magnifique. Il gagne plein argent, parce que la clé, c’est l’entreprenariat ! Les pauvres sont paresseux, voyez-vous ! Mais pas lui ! Ah ça non ! Je fixe ses dreadlocks et je pense à Jahneen. Passe t-il aussi tous les matins 20 min à se faire beau ? Finalement, je m’en moque, Nicky aussi, et nous le laissons parler tout seul ce qui ne semble pas l’embêter.

Au bureau nous retrouvons deux collègues et nous partons déjeuner au Ben’s Chili, le restaurant préféré d’Obama d’un hamburger géant ! Une personne nous attend devant et nous ouvre la porte, une seconde nous amène à notre table, une troisième nous apporte le menu et, oh surprise, c’est la même personne qui vient prendre notre commande. Tous sont tatoués, tous portent des dreads et tous se présentent en souriant. Les plats arrivent en 2min.  

Je m’applique à manger proprement, en observant comment font les autres clients. Tout le monde galère. Ok, je me détend et je m’en mets plein les doigts. C’est alors, entre deux plaisanteries qu’est arrivé Marc ! Sans dreadlocks, crâne rasé, bon embonpoint, poli et souriant, il s’approche à contre jour avec détermination mais douceur et pose ses deux mains sur notre table occupant l’espace tel un évangéliste en mission. Il frôle ma main, je le regarde, il me sourit et dit :
– Hy, my name is Marc. I am the manager for this afternoon. 
Pause, sourire. Il se redresse et s’avance un peu plus vers nous.
– How are you today ?
Pause, sourire. Il pause ses mains un peu plus loin sur la table en attendant la réponse.
– Everything is okay ? Do you enjoy your meals ?
Tout le monde répond : Yes en cœur, sous le charme du tombeur attentionné et c’est alors qu’il dit
– Good ! Good to know. How can I make your lunch better !!!!
Wahoo ! Really ! Il a vraiment dit ça ! Je mange un Hamburger après avoir été servi par 3 personnes différentes à la limite de l’obséquiosité et Marc arrive dans la lumière pour rendre ce moment encore meilleur ! Une foule d’images sexuelles s’imposent à moi.

Bon d’accord ! Tout le monde sait que de toute façon rien ne changera, qu’il ne peut rien bouger, rien faire, que la nourriture préfabriquée dans ce restaurant au décor parfaitement identique à tout ceux aux alentours restera la même… anyway, mais que c’est bon toute cette politesse, ce sens du service, cette forme d’hypocrisie charmante. Il me regarde et je lui dit que j’ai l’impression d’être dans un documentaire et que je voudrais passer toute l’après-midi avec lui pour prendre des notes. Il rit et s’en va. Je suis un peu triste, comme si on venait de me quitter pour toujours. Toutes les filles rigolent et je me résigne à le laisser s’en aller pour une autre table.

Au retour, le taximan est sénégalais. Cool ! Un petit pont entre mes deux voyages. Nous échangeons. Sa famille habite à côté de chez Sidath. 
Et si le monde était moins petit ? Et si je n’avais pas envie d’être replongée à Dakar depuis une des nombreuses highways de Washington ?

De retour, je m’applique à ne pas m’endormir tout en rêvant à un avenir chantant. Le soleil est revenu. La chatte qui vit sous mon lit accepte enfin de se laisser toucher. Nicky bosse et les Shier rentre de l’école. La chienne est joyeuse. Je vais préparer à diner pour ma famille américaine, j’espère que je pourrais « make it better !! »

29 avril
«  Your body arrives after a long flight but your soul doesn’t arrive so quickly. The theory is your soul can’t travel as fast as a jet and you can become discombobulated while you wait for your soul to catch up » m’a soufflé Marine en réponse à ma seconde bafouille. 

Voilà 3 jours que j’attends qu’elle se pointe, mon âme. Ce n’est pas désagréable finalement.
Du bureau de Nicky au Muséum d’histoire naturel, j’ai arpenté les larges, longues et immaculées avenues de DC sur lesquels les passants marchent toujours rapidement. Toutes les filles portent des chaussures plates pour plus d’efficacité ! 

Moi, je m’en moque. Même en talon de 6cm, je mets 12 min pour descendre 15 blocks sur New-York AV et arriver au croisement de Pennsylvanie AV où la Bank of America fait face à la White House. J’étais tout excitée à l’idée de me photographier devant la capitale du monde ! Nous étions nombreux dans ce cas là, touristes, manifestants ou supporter de Trump.

Mais nous n’avons pas pu y accéder. Des hommes de la Central Intelligence Agency avaient pris les lieux en main. Plus personne n’avait le droit d’approcher. Ils nous éloignaient en scandant régulièrement des : « Please move to the back ! ». « Don’t stay here! ». « Go behind the line ! » 

Autorité, fermeté mais politesse tout à la fois, quel professionnalisme ! Personne n’ose résister ! Je m’exécute avec les autres sans pour autant lâcher mon téléphone. Je filme pour envoyer par WhatsApp à mes amis privés de déplacement international.  Et si c’était cruel ? 

Le ballet des touristes continue. Il avance puis recule aux flux des injonctions. On se laisse porter par les vagues autoritaires, tout en se questionnant. Mais qui est dans ce van noir aux vitres sans visibilité ? Et si c’était Donald ?  Et si c’était sa femme ?  

Elle qui vient de faire renvoyer un présentateur de la Fox parce qu’il aurait osé prendre un de ses propos pour des avances sexuels.  J’ai pas tout compris mais ils en parlent beaucoup à la TV en tous les cas. 

Et si les rues étaient moins propres ? Moins fleuries ? Moins spacieuses et accueillantes ?
Et si les bâtiments étaient moins hauts ?
Et si les passants avaient l’air moins serein ? 
Et si la météo n’était pas aussi clémente ? 
Et si les supermarchés étaient moins fournis ? 
Et si la police était moins polie? 
Et si les musées n’étaient pas tous gratuits ?
Est ce que les States faisaient moins rêver ? 

30 avril
Georgetown est une merveille ! Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Il y a une boulangerie française !

Les passants, dans la rue, courtement vêtus, me sourient tandis qu’un chat sympathique vient me saluer. Le parfum du jasmin embaume les impasses. Les roses printanières s’offrent au mur des maisons. L’ église s’abrite sous un magnolia géant. Le courrier est déposé devant les portes. Les vitres des voitures restent ouvertes. Les jardins sont ratissés et les panneaux de bienvenue fleurissent en leur milieu. Les nounous latinos promènent des enfants blonds dans des poussettes de haute technologie. Les voitures brillantes et écologiques passent sur les rues pavées, sans déranger les oiseaux. Le marché français offre ses créations aux badauds.
Georgetown est une merveille !

C’est décidé ! Je viens m’installer ici, dans une de ses maisonnettes colorée de deux étages, volée, à grand renfort d’augmentation des taxes, aux noirs américains.

Et si je passais le pas ?
Il me faudrait un salaire de plus de 300 000$ annuel
Et si je m’installais là, je dirais God Bless America avec mes voisins riches et majoritairement blancs.
Et si je venais vivre ici, j’aurais la certitude d’appartenir à la bonne communauté, celle qui compte, celle qui a le droit de vivre dans l’ordre, la beauté, le luxe, le calme et la volupté. Tant pis pour ce que ça coûte à une autre, celle à la peau moins pâle. 

Georgetown est une merveille si on ne regarde pas comment ce petit coin d’Europe paisible a poussé près du port industriel de Washington.

Je m’y suis acheté des tennis en me questionnant en boucle sur ce que veut dire exactement « communauté »  ici à Washington.

1er mai
Depuis que je suis arrivée, plusieurs personnes nous ont félicité, Nicky et moi, sur notre « so amazing relationship ». Vous savez, ici, on est friendly, on regarde les gens, on discute quand on fait la queue au Starbuck, on se parle dans les rayons des supermarchés, pas longtemps, juste quelques mots, en souriant, parfois en plaisantant. Pour la majorité d’entre eux, à priori, nous sommes un couple. C’est la meilleure explication, pour que deux femmes de couleurs différentes soient si proches. Alors quand Nicky annonce que nous sommes sœurs, un joli sourire poli et un point d’interrogation s’affichent sur leurs visages. Ça peut se comprendre me direz-vous ? Forcément, il est question d’adoption. Mais alors comment ? Parce qu’il est clair pour tout le monde que je suis une frenchy alors que Nicky, est américaine. Autre certitude, je suis blanche et Nicky est noire. 
Mais tout de même se sont les blancs qui adoptent les noirs, pas l’inverse. 
Mais une américaine ne peut avoir été adoptée en France. 
Donc ?????
Comment remettre tout ceci en ordre ?

Héritage probable de leur histoire, l’Amérique aime les communautés. C’est même un marqueur d’identité important ici : Il y a les afro-américains, les africains, les portoricains, les juifs orthodoxes, les chrétiens du moyen orient, les pékinois, les homosexuels et une multitude de communautés différentes pour la population dominante : les chrétiens blancs qui vivent aux états-unis depuis plus de 3 générations.

En première observation, les communautés noires et celles des latinos ne s’apprécient guère. En revanche, il semble qu’il n’y ait pas de hiérarchie de valeur entres elles. Assez généralement, si les communautés existent, aucune n’est présentée comme étant meilleure que les autres. Les membres d’une même communauté se regroupent autour de valeurs ou de cultures ou d’expériences de vie communes, mais ça ne les rend pas meilleures que celles des autres. Certes la société a une base raciale mais ça ne ressemble pas au racisme intime, quotidien, tel que nous le connaissons en France.

Du coup, j’ai essayé de faire des calculs :
Si je suis une femme blanche de 46 ans sans enfant, mais hétéro, est ce que je suis plus proche d’une femme homosexuelle sans enfant, que d’une hétéro avec enfant ?
Si je suis un homme noir, est ce que je suis plus proche d’une homme blanc ou d’une femme noire ?
Si je suis un salvadorien fraîchement arrivé, est ce que je suis plus proche d’un ghanéen fraîchement arrivé ou d’un salvadorien né aux States ?
Si je suis une juive de NY, est-ce que je suis plus proche d’une New-yorkaise ou d’une juive vivant à Miami?

Je m’égare un peu parce que, me direz-vous, ça dépend, ça dépend tout le temps, ça dépend tellement, que ces questions, n’ont en fait pas de sens.

Nous avons tous des marqueurs d’identités qui définissent ce que nous sommes. Par exemple, je suis une française, blanche, de 46 ans, qui travaille dans l’événementiel et le cinéma, qui vit à Paris, qui n’a pas d’enfant, qui a une sœur noire et qui aime voyager et plein d’autres choses. Et tous ces petits bouts de mon identité, prennent plus ou moins d’importance en fonction du lieu, de l’interlocuteur, de l’heure …. Le fait que je sois blanche est important ( même si ça me saoûle) quand je suis à Dakar et aussi (même si ça me saoûle encore plus) quand je suis à Washington. Le fait que je suis une femme importe peu quand je bosse mais pleinement quand je suis avec un partenaire sexuel. Le fait que je n’ai pas d’enfant est important quand je dois me justifier dans les dîners mondains. etc.

Et si j’étais quelqu’un d’autre ?

2 mai
La rame de métro nous était passée sous le nez et nous étions un peu désespérées à l’idée d’arriver à temps, quand une odeur de fleurs, mélangée à une sorte de patchouli discret, est apparue. Surprises, nous avons chercher la source de ce petit bonheur.
Le bonheur s’appelais Sophia ! 
Blonde, yeux marrons clairs, fond de teint parfait, bouche rouge remplie de mimic, Sophia nous a enchantées par son parfum (qu’elle crée elle-même), son enthousiasme et ses sourires incessants. Friendly, bavarde, un peu moqueuse, assez jolie, très polie tout en étant directe, Sophia a grandi à L.A et elle a fait des études à la Fémis à Paris. Nous buvions ses récits qu’elle nous contait à moitié en anglais et à moitié en français. En quelques stations, elle nous a plongées dans des dîners exquis à Montmartre, des soirées hype à L.A, des stars qui utilisent ses fragrances et son RDV du soir. Elle allait à un premier RDV avec un homme grand – elle aime les hommes grands – ancien basketteur, très intéressant et dominicain, avec lequel elle échange par voie électronique et dématérialisée, de toutes les façons possibles, depuis un mois.

Nous nous sommes embrassées pour nous quitter, comme des françaises, a t-elle dit. Les joues de Nicky ont pâli sous le transfert de fond de teint. Et moi j’ai rougi quand elle m’a dit : « Salut ma poule » en français dans le texte. Elle nous a promis tous les détails de son RDV de ce soir, en prenant le n° de Nicky.

3 mai
Nous avons reçu les textos de Sophia vers 13h. Elle n’avait pas été enlevé par un tueur malveillant comme le craignait Nicky. Elle n’était pas tombée sur un mec super mais pour lequel elle n’avait aucun désir, comme je le craignais. Elle ne s’était pas ennuyée et elle avait ressenti le : «  je ne sais quoi ». La soirée fut magique, romantique, inoubliable. Restaurant français, vin haut de gamme, visite de l’église dans laquelle il souhaite se marier et baiser sur le perron…. Comme dans les films quoi !
Malgré tout, Nicky et moi restons perplexes. Et si tout ceci était un piège?

4 mai
Aujourd’hui je me suis habillée jolie. J’ai troqué mon jean’s – basket – t-shirt, contre ma belle robe rouge offerte par Khady et mes Kickers assortis, et je suis sortie me balader dans les rues de DC. Ce fut Georgetown, puis le bateau pour Alexandria, puis Le National Mall puis Takoma… Comme je connaissais déjà les lieux j’ai pris le temps d’observer les gens autour de moi, dans l’espoir d’une rencontre éphémère. 

Assez naturellement mes première observations se sont portées sur les chaussures : tout le monde ou presque porte des chaussures de sport. Peu de chaussures de marches mais beaucoup, alors beaucoup de « running ». 
Mon jeu préféré consistant à deviner, le sexe, l’âge, la nationalité ou encore la personnalité en fonction du types de chaussures est bien mis à mal ici. Robe ou pantalon, business ou tourisme, tout le monde se chausse en tong ou en tennis. 

Je me sens tout à fait décalée, esseulée même, quand apparaît enfin une paire de chaussure en daim jaune moutarde sur talon en bois plein. Le tout porté sur un pantalon garçonnière à l’ourlet épais bleu marine. Voilà enfin de quoi jouer. Je lève les yeux et je vois une jolie femme qui me dit du bout des lèvres : « I love your dress ». Je répond : « I love your Shoes » Elle me répond : « Oh merci ! Vous êtes française ? » en français. Ah bon ??? Faut-il être française pour porter autre chose que du Nike ?

Et si on privait les citoyens américains de Nike ? Croyez vous que ça serait un peu comme si on privait les femmes afghanes de tchador ?

5 mai
Voilà le résultat de mon enquête « community in DC »
Les questions étaient :
Pensez vous appartenir à une communauté ?
Si oui, à laquelle ?
Et en fonction, pensez vous être plus proche d’un homme/femme de votre communauté ou d’un homme/femme d’une autre ?

J’ai pu poser ces questions à une vingtaines de personnes à DC. L’enquête sociologique, au sens propre, ne vaut donc rien, mais je me suis bien amusée ! Tout le monde s’est prêté à mon jeu avec plaisir.

À la première question, tous et toutes, ont répondus un truc comme : « oui ! bien sur ! » L’air de dire quelle question idiote.

À la seconde, j’ai découvert les communautés suivantes :
Juif russe et middle east (1 fois)
Juif New-yorkais ( ce ne sont pas les mêmes visiblement) (3 fois)
Latinos du San alvador (1 fois)
Portoricain (2 fois) 
Latinos mexicain (1 fois)
Noir américain ou africain américain (8 fois)
Éthiopien (1 fois)
Africain de l’est (2 fois)
Américain d’origine allemande (2 fois)
Les communautés sont donc basées sur la couleur de peau mais pas seulement, puisqu’il y est aussi question de religion et de pays d’origine.

À la troisième, les hommes répondent que : « ça dépend » et argumentent parfois longuement. Les femmes répondent presque toutes qu’elles sont plus proches des femmes d’une autre communauté que d’un homme de leur communauté. Et ensuite, elles peuvent changer d’avis.

Il est donc nécessaire d’appartenir à une communauté. On ne peut pas y couper, semble-t-il. C’est une sorte de famille élargie et protectrice. Beaucoup m’ont dit: « On doit bosser les uns avec les autres mais ensuite on retourne auprès des personnes qui nous sont proches ». Pour d’autres, il est certain qu’ils seront mieux compris à l’intérieur de leurs propres communautés et aussi mieux défendus pour faire valoir leurs droits.

Ensuite, tout le monde cohabite avec tout le monde même les africains américains avec les latinos, ce qui ne semblait pas gagné au départ, vu les sorties que m’ont fait les unes et les autres au sujet des uns et des autres. Je n’ai, par ailleurs, toujours pas compris s’il y a une quelconque hiérarchie dans tout ceci.

Je me dis, en revanche, qu’il m’est étrange qu’une société soit fondée naturellement sur une base raciste ou sectaire : on n’est pas pareils parce qu’on ne peut pas avoir les mêmes expériences de vie si on a des couleurs, des cultures ou des religions différentes, même si on habite le même pays et qu’on parle la même langue. 
Et je réalise, avec beaucoup de tristesse, qu’on ne doit vraiment pas être nombreux à se dire qu’il n’y a pas plus de différence entre un homme et une femme qu’il y a entre blanc et un noir : émotionnellement, affectivement, physiologiquement, intellectuellement. Nous sommes tous des individus avec des marqueurs d’identités multiples et que la question du genre ne devrait pas être si importante. Il y tellement de moments où je me sens être un homme noir… croyez moi !

Et si je vivais au États-Unis, il est possible que je ne sache quelle communauté choisir.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s