O.M. à la préfecture

O.M vit en France depuis 7 ans. Il vient du Tchad, où son père, accusé d’être un rebelle, y fut emprisonné. Sa famille a alors jugé préférable de le mettre en sécurité loin de ce pays.
À son arrivée à Roissy par le vol Air France AF0878, après quelques jours en zone d’attente, il fut pris en charge par l’ASE et scolarisé. Alors il avait 16 ans. À 20 ans, un bac pro,
une année de capacité en aéronautique et quelques missions en intérim, il demanda un titre de séjour VPF à la préfecture de police de Créteil. Qui le fit attendre 1 an et demi. Sans l’intervention de la CGT, il n’aurait peut-être jamais reçu un récépissé de 3 mois pour trouver un emploi lui permettant de rester sur le territoire. Alléluia !

Mais, mais bien sûr, les choses ne sont pas si simples. D’abord il faut le trouver le travail, ce qui, vous l’aurez noté, n’est pas si facile. Ajoutez à ça, la jolie couleur de peau marron chocolat d’O.M et son nom de famille, il partait avec un désavantage certain. En plus, si une entreprise l’embauchait, il fallait alors qu’elle remplisse des CERFA, qu’elle paie une taxe à l’OFII, pas du tout substantielle et qu’elle prouve que ce poste ne peut pas être occupé par un français plutôt que par un Tchadien même muni d’un diplôme français.
Bref… voilà… c’est pas simple.

C’est là que Twister Events, entre en jeux. O. M a travaillé quelques temps pour cette société. Comme il est calme, précis, ponctuel, discret mais présent, intelligent et agréable, tout le monde voudrait toujours travailler avec lui. Twister Events a commencé les démarches longues et fastidieuses pour un premier emploi d’un étranger en France.

Avant toute chose, il fallut prendre des renseignements précis auprès de la préfecture de police de Créteil, rayon accueil des étrangers. O.M connaît bien le coin. Rappelez-vous : plus d’un an de lutte pour avoir un premier récépissé. Du coup, il va directement à la case C, l’accueil personnalisé, parce que c’est là que quelqu’un pourra nous renseigner. Il le sait. Mais, voilà, prendre l’initiative d’aller directement à la case C sans passer par A et B, c’est un peu trop proactif pour la préfecture.

À 8h30, O.M et moi-même nous sommes présentés devant la préfecture de Créteil. Nous sommes montés directement à l’étage là où se trouve la case C, là où des officiers de police officient derrière des vitres lourdement sécurisées et des hygiaphones vieillots. Il y a 23 bureaux tous identiques mais seulement 5 officiers officiants. J’ai bien compté sur me doigts pendant qu’O.M. tentait de forcer l’accès vers l’un d’entre eux, entre deux appels de n°. Au bout de 30 min, une femme fort mal aimable, mais assez belle, je dois avouer, nous déclare qu’elle ne nous répondra que si nous avons un n° d’appel en bonne et due forme.
Et voilà… direction la case A.

La case A est constituée d’une longue file d’attente, très longue, devant le Pré Accueil Étranger. Logique, s’il y un Accueil Étranger, il y a forcément un Pré Accueil et pour y accéder il y a une file d’attente. Nous attendons donc et nous recevons un premier ticket.
Alléluia !

Il y a 3 guichets et 2 officiers. Notre ticket indique R128. Je lève les yeux vers l’écran. Nous en sommes au Z802, N320, et R58. Ok, on va aller prendre un café….. plusieurs même. Heureusement il fait beau et la préfecture de Créteil est assez jolie avec des coins de verdure au milieu des tours standardisées et des passants agacés. Ce n’est pas désagréable. 

Quelques cigarettes plus tard nous retournons nous assoir en guettant les n° d’appel. Ils apparaissent de manière tout à fait désordonnée. Il faut vraiment s’armer de patience. R78, Z804, N325 et  soudain d’un coup, C400…pourquoi ? 
Bref, nous accédons au bout de 2h au second guichet du Pré Accueil Étranger.
L’officier en charge ne peut nous répondre, et nous donne donc un n° d’appel pour l’un des 23 bureaux de l’accueil étrangers. Retour à la case C !
Alléluia !

Très fiers de notre n° Z807 nous rebroussons chemin et nous arrivons à 12h pile au second étage de l’Accueil Étrangers, la case C. À l’heure du déjeuner, ne reste qu’un seule personne dans le bureau du centre qui appelle un par un des n°. C’est une sorte de poupée de cire habillée de blanc, maquillée de rouge, les yeux vides, ne souriant jamais, et totalement absente aux regards de tous ces étrangers attendant l’appel de notre n°. À plusieurs reprises elle appelle le n° C400. Qui est ce? Est-il perdu ? Peut-être que quelqu’un erre depuis 1h dans la préfecture? Peut-être faut-il aller le sauver ? Mon côté Saint-Bernard s’affole.
À 14h35, la poupée prononce Z807
Alléluia !

Nous nous avançons vers le tout dernier bureau, le bureau 23, plein d’espoir, des larmes dans les yeux, le cœur battant… pour tomber sur… la femme mal aimable, bien sûr.
Je déploie l’intégralité de ma capacité de compassion pour donner tout l’amour que je peux à cette femme en lui offrant mon plus beau sourire quand je lui montre fièrement mon n°. Mon regard lui chante la Javanaise, mon cœur lui lit des poèmes de Pesoa… Je chante intérieurement Polnareff. Love me, please Love me…. Je suis fou…

Ça marche !
Elle sourit !
Elle nous répond.
Elle prend le temps de tout nous expliquer précisément, clairement, et même avec un peu de bonne humeur.
Il faut que Twister Events remplisse un CERFA signé et tamponné qu’O.M devra simplement déposer à la préfecture. Ce dossier sera ensuite envoyé pour vérification à la DIRECCTE de Créteil. Cette dernière donnera l’autorisation de travail qui permettra à la préfecture de délivrer un titre de séjour à O.M. Tout est simple !
Alléluia !

La préfecture c’est comme Disney Land… on fait 5h de queue pour 3 min de plaisir.
Alléluia !

Pourtant, quelques mois plus tard, quand O.M qui travaille depuis quelques semaines chez Twister, va renouveler son récépissé, il découvre que la DIRECCTE a donné un avis défavorable. Au lieu d’un titre de séjour, O.M reçoit une OQTF (obligation de quitter le territoire français) pour tout pays acceptant de le recevoir à l’exclusion du Tchad. Il faudra 6 mois de plus et l’intervention d’une avocate pour qu’un juge au tribunal administratif de Melun déboute la préfecture pour erreur majeure d’appréciation et lui demande de réétudier le dossier d’OM. Il reçoit alors un autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail après une longue négociation au rayon C de la préfecture pour que soit ajoutée cette mention sur ce titre.

3 ans plus tard, O.M a enfin un emploi stable dans un restaurant et un titre VPF de 4 ans. Mais avec la Covid, il ne peut plus travailler. Espérons que la préfecture se s’en saisira pas pour lui refuser un renouvellement de titre dans 3 ans.

Les étrangers en situation irrégulière peuvent obtenir un titre de séjour travailleur à la condition qu'ils obtiennent un contrat à plein temps ou à rémunération équivalente au Smic mensuel.

L'employeur doit, dans un premier temps doit, justifier qu'il a bien fait un appel à candidature et que l'emploi a été proposé à la personne la plus apte. Depuis 74, la loi protège les emplois des français par une sorte de préférence nationale, sauf pour les emplois dit en tension pour lesquels d’importantes difficultés de recrutement justifient de ne pas exiger des employeurs qu’ils démontrent leurs recherches préalables et infructueuses pour trouver un-e candidat-e.

C'est la circulaire Valls de 2012 qui pour la première fois propose à discrétion du préfet une régularisation des "sans papier" par le travail sous certaines conditions. 

https://www.lacimade.org/wp-content/uploads/2019/02/R%C3%A9gularisation-par-le-travail-Employeurs-.pdf

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